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Mon échange avec Lexios, au cœur d'un héritage guyanais authentique🥭

  • Photo du rédacteur: T2i
    T2i
  • 3 juil.
  • 2 min de lecture

Dans le dernier épisode de mon podcast Fruit.Talk, j'ai eu à cœur de proposer une session d'écoute et de dialogue intime. Face à moi, j'ai reçu Lexios, figure emblématique et farouchement indépendante de notre scène musicale guyanaise. Retour sur un échange intergénérationnel où l’artisanat sonore rencontre la mémoire de notre territoire.


Redéfinir notre centre de gravité musical

Au fil de notre entretien, Lexios m'a retracé la genèse de sa musique depuis les années 90, marquée par l'éclosion de son classique "Toulouloua". Il m'a dépeint une époque où la scène locale se modelait abondamment sur des influences importées. J'ai été particulièrement marqué par son parti pris : se recentrer sur la justesse de son environnement immédiat. Des pochettes d'albums illustrées par des photographies argentiques spontanées (la fameuse "bande des quatre", les instants de partage à la crique) aux textes sublimant la poésie de notre créole, il m'a confirmé avoir choisi la voie d'une authenticité organique, bien loin du formatage industriel.


L'indépendance comme boussole dans un écosystème précaire

Ce qui m’a profondément inspiré lors de cette discussion, c'est sa détermination à rester maître de son art de A à Z. À une époque où la structuration de notre milieu culturel guyanais était encore plus précaire et rudimentaire qu'aujourd'hui, Lexios a su bâtir son propre modèle économique. Refusant les compromis douteux ou les mirages de certaines maisons de disques qui lui demandaient de payer pour être diffusé, il a embrassé l'indépendance totale. Je l'imagine remplir le coffre de son 4x4 pour aller distribuer et vendre lui-même ses vinyles puis ses CD directement aux disquaires locaux, sans aucun intermédiaire. Cette approche "do it yourself" ou "djoubatè", assumée avec beaucoup de lucidité, lui a permis de préserver son intégrité tout en écoulant ses projets par milliers. C'est une véritable leçon de résilience et d'entrepreneuriat.


Les artisans de la poésie : mon trait d'union avec Cabrel

En l'écoutant me raconter son besoin viscéral de liberté face à l'industrie – préférant contourner le traitement VIP un peu creux des festivals suisses et les sollicitations express des multinationales pour préserver son intégrité –, j'ai spontanément dressé un parallèle esthétique et philosophique avec l'artiste Francis Cabrel.


Si l'un raconte les rivières de l'Amazonie et l'autre les terres du Sud-Ouest hexagonal, j'observe chez ces deux créateurs le même ancrage inébranlable. Là où Cabrel a fait d'Astaffort son refuge, Lexios respire à travers Sinnamary. Tous deux chérissent la composition à la guitare acoustique, le circuit de l'autoproduction et une temporalité délibérément lente, à l'abri de la frénésie du showbiz. Lexios me prouve qu'en étant le garant d'une chanson poétique et artisanale, la rareté et le murmure des sentiments vrais suffisent à fidéliser un public sur plusieurs décennies.


Cultiver notre essence

Cet enregistrement a été pour moi l'illustration d'une magnifique passation. Avec l'humilité de ceux qui ont bâti une œuvre intemporelle dans l'ombre, Lexios démontre à ma génération que la plus belle façon de s'exporter, de durer et de s'accomplir, c'est encore de cultiver patiemment les racines de son propre territoire.



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